July 26th, 2009
Le Faubourg à m’lasse: les origines d’une légende urbaine
By Spacing // 8 Comments

Source: Archives de la Ville de Montréal
By guest contributor, Claude Brochu
---
Les limites géographiques de ce quartier sont mal définies. Mais en gros, on peut dire qu’il était bordé, à l’ouest, par la rue Amherst, à l’est, par la rue Frontenac, au nord par la rue Sherbrooke et, au sud, par le port de Montréal. Pour faire plus simple, disons que l’actuelle tour de Radio-Canada est plantée au cœur de cet ancien quartier qui, avant de s’appeler le Faubourg à m’lasse, portait le nom de faubourg Québec.
Les origines du nom de Faubourg à m’lasse sont nébuleuses. Dans les années ’50, alors que je n’étais encore qu’un enfant, on m’a raconté l’histoire suivante. Est-ce conforme à la vérité ? N’est-ce qu’une légende urbaine ? Quoi qu’il en soit, cela s’inscrit dans la vie des gens qui ont habité cette si belle ville et cela suffit à perpétuer ce récit.
Dans ces années, Montréal est en fait constitué de quartiers qui reproduisent fidèlement les villages du Québec rural. Les gens vivaient presqu’exclusivement dans leurs quartiers et n’en franchissaient que rarement les frontières. Le quartier était un quartier populaire, constitué de travailleurs, principalement des « débardeurs ». Ailleurs, on parle de « dockers ». Ces débardeurs étaient des habitants du quartier ou des travailleurs saisonniers qui venaient à Montréal pour la saison du « débardage » alors que le port recevait les bateaux venant de pays étrangers et surtout exotiques. Ils vidaient les navires de produits nous venant de l’étranger dont la mélasse. Les gens n’étaient pas riches.
On m’a raconté que lors du débardage des barils de mélasse, les femmes du quartier se rendaient sur les quais avec de petits contenants. À la fin du transfert sur le quai de la cargaison de mélasse, l’opérateur de la grue laissait volontairement tomber le dernier baril, comme par maladresse, et les femmes recueillaient la mélasse dans leurs petits contenants pour la rapporter à la maison. La véracité de l’histoire à peu d’importance. C’est surtout qu’elle témoigne d’une solidarité à l’époque où ce mot était encore inconnu ou peu utilisé. Elle parle des gens démunis de Montréal dont on ne parle que trop peu. Elle parle de gens qui… donnent au discours économique un sens humain, le véritable ferment d’une société.
---
Many thanks to guest contributor Claude Brochu for sharing this story. We look forward to future recollections on growing up in Montreal.
Comments
Neither the author nor Spacing necessarily agree with the comments posted below. Spacing reserves the right to edit or delete comments entirely. See our Comment Policy.
C’était pas à cause des réservoirs de Imperial Molasses qui se trouvent (encore) au sud de la rue Notre-Dame, dans l’axe de la rue d’Iberville???
Bonjour Jean Naimard !
Probablement avez-vous raison. Les odeurs des réservoirs de l'Imperial Molasse étaient sûrement assez intenses pour parler du "Faubourg à m'lasse". Sur le plan rigoureusement historique, cela me semble la meilleure hypothèse.
Claude Brochu
PS. Mais, quel beau quartier...
I doubt that molasses was imported to Montreal, as Montreal was (and still is) a huge sugar processor, and molasses is the by-product of sugar-refining.
I agree with Jean Naimard that it must be because of the huge molasses storage facilities along the docks.
They look so delicious with the little bit that drips down the side...
Mon grand-père est né sur la rue Wolfe et a grandi dans le Faubourg a la Mélasse. Mon arriere grand mère y a vécu toute sa vie, surtout dans un logement de la rue de la Visitation qu'il lui avait acheté.
Je crois aussi que le faubourg tire son surnom des gros réservoirs de Mélasse sur Notre-Dame.
L'histoire des femmes ramassant le dernier baril de mélasse "échappé" m'a rappelé la recette de crème glacée que mon grand-père préparait avec ses amis:
En hiver ils se levaient très tôt pour aller ramasser la crème gelée qui remontait et soulevait le petit capuchon de papier au sommet des bouteilles laissées chez les voisins par le laitier.
Ils tranchaient ces petites mottes avec un couteau et les ramassaient dans un bol, une fois le bol plein ils rentraient à la maison ou ils y ajoutaient quelques cuiellerées de cassonade.
Le souvenir de ce délice de rapine faisait encore briller les yeux de mon grand-père lorsqu'il m'en a parlé plus de 80 ans après la dernière cuillerée.
J'ai été élevé dans le Faubourg. Aujourd'hui la partie la plus riche le coeur du Faubourg a été démolit. Je suis né sur la rue Emmet qui aujourd'hui n'existe plus. En effet se sont les réservoirs qui ont donné le nom au Faubourg. Enfant nous montions dessus pour jouer et nous allions y voler de la mélasse. Nous étions les pauvres parmi les pauvres et pourtant j'y referrait mon enfance n'importe quand. Notre petit coin c'était comme le village d'Astérix. Ne descendait pas en bas de Sainte-Catherine qui voulait. C'était avec risques et périls.
je recherche actuellement des témoins ayant vécu dans le quartier du Faubourg à m'lasse avant la construction de Radio-Canada ainsi que après pour un projet de recherche à la maîtrise en histoire.
merci de me contacter
Je suis né en 1950 et jusqu’à l’âge de 21 ans c'est-à-dire jusqu’en 1971 je demeurais au coin des rue Ste-Catherine et Frontenac. Lors de mon adolescence je me suis tenu souvent au restaurant de hot dog qu’on appelait le New System qui était tenu par des grec. (Johnny, Peter etc.) J’étais aussi membre d’un orchestre qui portait le nom des Incompris. Je pense avoir connu le Paul Régimbald qui était plus vieux que moi. On pourrait écrire un livre avec toutes les histoires qui ce sont passées dans le temps d’ailleurs il y avait eu une émission de télévision qui avait été tournée dans le coin et qui s’intitulait « La rue des pignons »

















Peu importe, en effet, que ce soit un fait historique reconnu, il y a de quoi en faire une jolie légende, sinon urbaine, au moins d'arrondissement ;-)
Comment by Kris
July 26, 2009 | 12:11 pm